Mohamed Najem : un festival sous le signe de la musique orientale et du jazz

Mohamed Najem : un festival sous le signe de la musique orientale et du jazz

Le quartet Mohamed Najem & Friends représentera la France, le 10 novembre prochain, au festival de jazz européen de Katara.

Nous avons souhaité en savoir plus sur le parcours de l’artiste Mohamed Najem et sur le programme de cet évènement. 

Qatar Actu : Quelle est votre histoire ?

Mohamed Najem : Je suis Palestinien, originaire de Bethléem. J’ai débuté ma formation académique au Conservatoire national de musique Edward Saïd en Palestine. En 2006, j’ai bénéficié d’une bourse du Consulat Général de France pour étudier au Conservatoire à Rayonnement Régional d’Angers. En 2011, je suis retourné en Cisjordanie pour enseigner la clarinette et le ney. Je suis d’abord devenu responsable de la section des vents, puis directeur académique de la branche de Ramallah.

J’ai tout quitté en 2014 pour revenir en France afin de rejoindre mon épouse. Depuis, j’ai fondé un groupe, Mohamed Najem & Friends, mais je joue aussi en duo avec un accordéoniste allemand, d’Aix-la-Chapelle, Manfred Leuchter.

Je travaille également avec la Philharmonie de Paris, dans le cadre du programme Démos, le Dispositif d’Éducation Musicale et Orchestrale à Vocation Sociale. Cette initiative me tient à cœur, car elle est dans la droite ligne de ce que j’ai déjà entrepris en Palestine. Il s’agit d’un projet de démocratisation culturelle qui s’adresse aux enfants issus de quartiers.

 

QA : Comment êtes-vous venu à la musique ?

MN : J’ai commencé par écouter les cassettes de mon père au moment où la situation politique nous contraignait à rester à la maison. Nous étions en période d’Intifada. Pour des raisons de sécurité, nos parents nous interdisaient donc de sortir. Le seul loisir, c’était la musique : mon refuge, un sanctuaire. Mon voisin, quant à lui, montait sur le toit et jouait du ney. C’était un concert à ciel ouvert pour mes oreilles d’enfant. Son interprétation parlait à mon cœur.

J’ai eu la chance d’apprendre tout d’abord la flûte à bec à l’école. J’ai alors voulu jouer tout ce que j’avais écouté et aimé. La musique était un moyen d’expression mais aussi une thérapie pour rompre l’isolement et m’extraire d’un monde hostile.

Quand le conservatoire de Bethléem a ouvert ses portes, j’ai débuté la pratique musicale par le saxophone, mais très vite je me suis dirigé vers la clarinette. Quand mon professeur est parti, j’ai continué à apprendre en solo. Je jouais à l’oreille.

 

QA : Vous jouez actuellement dans des salles prestigieuses ?


MN :
J’ai eu la chance de jouer à Paris à l’UNESCO, dans les clubs de jazz, comme le Baiser salé et le Sunset, mais aussi en Grande-Bretagne, à l’Union Chapel à Londres, ou encore au Birmingham Town Hal  à Manchester. J’ai également joué en Suisse au festival de jazz de Montreux.

 

QA : Quels types de musique aimez-vous ? Quels sont vos maîtres à penser ?


MN :
La musique qui me parle est celle que j’aime écouter. J’aime la musique arabe, mais aussi celle venant de Chine, d’Afghanistan, des Balkans, sans oublier la musique classique. Enfant, j’écoutais aussi les Bee Gees et le groupe Boney M. Je n’ai pas de limite.

Ce qui m’importe, c’est d’écouter une musique sincère qui m’imprègne l’âme. J’aime la musique expressive, celle qui porte un message spirituel, ou un son nouveau, comme celles d’Ibrahim Maalouf ou d’Anouar Brahem.

 

QA : De qui votre quartet est-il composé ?

MN : Il est composé de Clément Prioul au piano, Baptiste Castets à la batterie et Thomas Julienne à la contrebasse.

 

QA : Comment s’est passée votre rencontre avec ces trois musiciens ?

MN : À mon arrivée en France, je n’avais aucun contact. Je recommençais tout à zéro. Je suis allé écouter de nombreux concerts : au Sunset, au Duc des Lombards ou au New Morning, par exemple.  J’ai d’abord rencontré Thomas sur un projet, puis j’ai voulu adjoindre de nouveaux musiciens. Je lui ai demandé conseil. Ce qui importait c’était l’ouverture d’esprit et la capacité à communiquer. Le courant devait passer musicalement et humainement, afin que l’on s’entende sur scène.

 

QA : Comment l’occasion s’est présentée de jouer à Doha ?

MN : Je pense que cela s’est fait grâce au réseau de l’Institut Français. Nous avons donné un concert au Gabon en février dernier, à l’Institut Français de Libreville. Le public a beaucoup apprécié. Nous avons ainsi été choisis pour représenter la France à Doha et nous en sommes très heureux.

 

QA : Le spectacle aura lieu le 10 novembre prochain, qu’allez-vous jouer ?

MN : Il s’agit d’un spectacle d’une heure durant lequel nous inviterons les auditeurs à un voyage musical. Nous jouerons six morceaux de ma composition qui illustrent mon histoire duale en France et en Palestine ; ma vie entre ces deux univers, à l’instar du morceau intitulé « De Bethléem à Angers ». Nous interpréterons aussi deux compositions des Balkans ayant fait l’objet de nouveaux arrangements, mais aussi deux autres de la région de la Grande Syrie, également réarrangées et réadaptées. Nous serons au croisement de la musique orientale, la musique de jazz et la musique moderne.

 

Nous avons également invité un violoniste, un altiste et un violoncelliste du conservatoire qui joueront avec nous deux morceaux. Le directeur de la section orientale de la Qatar Music Academy, Yassine Ayari, jouera également deux morceaux au ney avec nous.

 

QA : Pourquoi avez-vous souhaité animer des ateliers durant ce festival ?

MN : Pour moi la transmission est un devoir, car il a été difficile dans le contexte historique que j’ai connu de trouver un professeur.

Les ateliers auront lieu à la Qatar Music Academy. Il sera question de leadership. Nous voulons que les élèves comprennent comment créer la musique ensemble, dans un esprit de collaboration. Nous voulons leur apprendre à ouvrir leurs oreilles et à mélanger les styles.

Nous sommes très impatients de nous rendre à Doha et vivre cette aventure !

Propos recueillis par Patricia Gendrey

Pour en savoir plus :

  • Festival de Jazz européen de Katara, Mohamed Najem & Friends, le vendredi 10 novembre à 20h30, à Katara (Jardins près du bâtiment 5)
  • Goûter Jazzy, le 8 novembre, à 16, à l’Institut Français du Qatar
  • Live Fnac, le mercredi 8 novembre à 20h, à Doha Festival City; Le jeudi 9 novembre, à 20 h, au Lagoona Mall.


Categories: Francophonie, Musique

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