Interview Elizabeth Williams : la recherche d’emploi au Moyen-Orient

Interview Elizabeth Williams : la recherche d’emploi au Moyen-Orient

Elizabeth Williams dirige un cabinet de recrutement situé à Dubaï qui est à l’origine de la publication d’une grande étude annuelle sur la rémunération des juristes au Moyen-Orient. Elle nous parle de son parcours et de l’embauche de candidats dans la région.

ENGLISH VERSION

 

Qatar Actu : Que pouvez-vous nous dire sur votre parcours ?

Elizabeth Williams : J’ai reçu une formation d’avocat (« solicitor ») en Angleterre et au Pays de Galles. J’ai d’abord travaillé à Londres au sein du cabinet Richard Butler (aujourd’hui Reed Smith), pendant trois ans. Je me suis ensuite tournée vers une activité de chasseur de têtes en 1996 et je me suis engagée depuis à établir un standard exigeant en termes de professionnalisme, de dévouement et de fiabilité dans la recherche de cadres. J’ai créé mon propre cabinet de recrutement, EWS, en décembre 2009 après avoir exercé durant 10 ans cette activité à travers le monde : au Royaume-Uni, aux États-Unis, à Hong Kong et, depuis 2003, aux Émirats arabes unis.

 

Qatar Actu : Parlez-nous de votre cabinet de recrutement ?

Elizabeth Williams : EWS est un cabinet de recrutement spécialisé dans la recherche de profils juridiques au sein de la région MENA et plus particulièrement les pays du CCG. EWS se concentre principalement sur ​​le recrutement des juristes d’entreprise. Notre particularité est de trouver les meilleurs candidats par le biais de la recherche axée sur la cartographie du marché et la recherche active du bon profil. Au fil des ans, nous avons également procédé au recrutement d’un grand nombre de profils séniors et cadres dirigeants dans les domaines des ressources humaines, du financement de projets, de la gestion des risques d’entreprise et des risques de crédit.

EWS recherche des candidats potentiels dans de nombreux pays : ceux du CCG, le Levant, l’Afrique du Nord, le Royaume-Uni, ceux d’Europe continentale, le Canada, les États-Unis et ceux d’Asie Pacifique. Nous avons aussi mené des recherches pour des clients en Turquie.

Notre clientèle dans le CCG est variée : des multinationales aux fonds souverains, entreprises d’état, conglomérats régionaux et banques.

 

Qatar Actu : Le marché de l’emploi dans la région du CCG est-il dynamique?

Elizabeth Williams : Avec le début de la crise financière mondiale, l’activité à tous les niveaux dans le domaine du marché de l’emploi était extrêmement faible. 2013 a vu une véritable reprise de l’activité, mais 2014 a été très calme. Ceci, à notre avis, est le résultat d’un certain nombre de facteurs, y compris parce que les salariés étaient plus frileux pour changer d’emploi ou de quitter la région aussi souvent qu’avant ; de même, les budgets étant plus serrés, cela signifie moins de nouvelles recrues.

 

Qatar Actu : Comment différencier les marchés de la région?

Elizabeth Williams : Beaucoup de candidats à qui nous demandons de lister leur préférence, souhaitent trouver un emploi aux Émirats Arabes Unis. Alors que Dubaï est en tête des listes des aspirations, Abu Dhabi attire également beaucoup de candidats.
Qatar Actu :Quels sont les secteurs qui recrutent?

Elizabeth Williams : Après l’essor de la région, surtout de l’immobilier du début jusqu’au milieu des années 2000, les secteurs de l’immobilier et de la construction ont connu une campagne de recrutement massive de juristes. Cette tendance s’est inversée après le crash. Depuis 2010, les choses ont commencé à s’améliorer lentement mais il n’y a pas de secteur qui se démarque des autres.

 

Qatar Actu : Quels sont les obstacles à l’acceptation d’une offre d’emploi dans la région par les candidats?

Elizabeth Williams : Nous nous assurons toujours de passer en revue les obstacles possibles avant qu’une offre ne soit faite. Il est de notre devoir de faire en sorte que si une offre est formulée, elle soit acceptée. Il arrive toutefois que le candidat ne soit pas vraiment intéressé et utilise l’offre pour obtenir une augmentation de salaire de la part de son employeur, ce que nous décourageons vivement. Cette année, le plus grand obstacle que nous ayons rencontré est l’inadéquation entre les attentes des candidats et les attentes d’un client en matière de rémunération. Un certain nombre d’offres ont été rejetées cette année parce que l’offre du client n’était pas compétitive.

 

Qatar Actu : Beaucoup de conjoints qui suivent leur mari ou  leur épouse, sont à la recherche d’un emploi. Qu’est-ce que vous leur conseillez?

Elizabeth Williams : Je leur conseillerais de faire leurs propres diligences, d’explorer et de se familiariser avec le nouvel environnement avant de suivre leur conjoint. En cette ère de l’information en ligne, la recherche d’un emploi n’a jamais été aussi facile. Il y a tellement de média qui peuvent être utilisés à distance, comme LinkedIn ou bayt.com, sites accessibles par tout le monde dans n’importe quelle partie du monde. Construire un réseau est également très utile. Il suffit aux candidats de sélectionner et d’adhérer à des organisations professionnelles liées à leur cheminement de carrière. Ils peuvent également participer à des conférences ou des conventions pertinentes avec leur recherche et développer leur propre réseau social.
Qatar Actu : La maîtrise de l’arabe est-il un prérequis ?

Elizabeth Williams : Maîtriser l’arabe est souvent une préférence mais pas un must. Beaucoup de nos clients recherchent des collaborateurs dotés d’une solide formation juridique et ayant acquis une expérience dans un très bon cabinet ou une société réputée. Plus récemment, néanmoins il y a eu une demande croissante pour des juristes bilingues (arabe / anglais).
Qatar Actu : Vous venez de publier votre enquête annuelle sur la rémunération des emplois juridiques dans la région du CCG. Comment avez-vous réalisé cette étude ?

Elizabeth Williams : L’idée de créer l’Enquête EWS annuelle sur les salaires juridiques est survenue car nous avons été approchés très souvent par les professionnels des ressources humaines et du secteur juridique pour mettre à jour les informations sur les rémunérations dans les pays du CCG. Le caractère unique de l’enquête annuelle sur les salaires réside dans le fait qu’un grand nombre de personnes ont répondu à l’enquête sur les salaires des juristes dans la région et qu’elle est extrêmement détaillée. L’enquête fournit des informations concrètes et utiles pour les candidats et les recruteurs dans la région.
Qatar Actu : Quelles sont les principales conclusions de votre enquête par rapport aux années précédentes ?

Elizabeth Williams : Nous avons atteint le record de 451 juristes participant à l’enquête cette année. Nous avons pu constater une tendance à la baisse des salaires. Dans le même temps, il y a une augmentation globale du taux de satisfaction de l’emploi occupé et du salaire, puisque près de la moitié (45%) des personnes sondées sont à la fois heureux de leur poste et de leur rémunération. Cependant, ce qui nous a le plus frappé cette année à la lecture des résultats, c’est qu’à niveau de qualification égale les juristes masculins gagnent des salaires moyens plus élevés que leurs homologues féminins. Ce fut une découverte qui m’a surpris et soucié.

 

Propos recueillis par Patricia Gendrey

Enquête annuelle sur la rémunération des emplois juridiques : http://www.ews-search.com/salary-survey-request.html

 



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