Interview Sophie Serlooten : «Être enceinte et accoucher au Qatar»

Interview Sophie Serlooten : «Être enceinte et accoucher au Qatar»

Sophie Serlooten est sage-femme et maman de quatre enfants. Nous l’avons rencontrée pour parler de la grossesse et de l’accouchement au Qatar, ainsi que du suivi du nourrisson.

Qatar Actu : Quel est votre parcours ?

Sophie Serlooten : J’ai fait mes études de sage-femme à Lille. Diplômée en 1997, j’ai d’abord travaillé en secteur hospitalier durant sept ans. Ensuite, après une expatriation aux Émirats arabes unis, j’ai ouvert mon cabinet à Paris. J’ai ainsi exercé en libéral durant 4 ans, ce qui m’a donné l’occasion de faire de l’accompagnement prénatal et de la préparation à la naissance. J’assurais également le suivi postnatal : allaitement, suivi du nouveau-né et rééducation du périnée.

Quand je suis arrivée à Doha en 2011, j’ai souhaité apporter un soutien aux femmes enceintes. Je fais aujourd’hui essentiellement de la préparation à la naissance – à l’exception du suivi de grossesse -, du suivi après l’accouchement et de la rééducation périnéale.

Qatar Actu : Comment se déroule le suivi de la grossesse au Qatar ?

Sophie Serlooten : Le suivi est en général mensuel. Néanmoins, il diffère en fonction des habitudes du praticien. Certains peuvent accroître ce suivi à trois, voire deux semaines. La fréquence des échographies change là encore selon le médecin. En principe, elles sont effectuées tous les trimestres. Dans certains cas, le praticien la réalise à chaque consultation. Tous les examens classiques sont accomplis : tests sanguins, dépistage de la trisomie 21… Le dépistage de la toxoplasmose n’est pas systématique, car l’endémie est faible au Qatar. En revanche, il n’y a pas de consultation préalable d’anesthésie, sauf si la patiente le demande spécifiquement. Enfin, il est à noter que l’examen gynécologique n’est pas pratiqué s’il n’y a pas de risques particuliers, ce qui correspond à la pratique anglo-saxonne.

Qatar Actu : Où les femmes peuvent-elles se préparer à l’accouchement et comment se déroule-t-il ?

Sophie Serlooten : Je propose cette préparation aux mamans enceintes, car les établissements hospitaliers n’organisent pas de cours dans ce domaine. Les femmes peuvent aussi se tourner vers des groupes de soutien, comme Positive Birth, ou des doulas.

S’agissant de l’accouchement, il convient de noter que le taux de césarienne est important au Qatar pour différentes raisons, en particulier, parce que la population locale est très demandeuse. La péridurale n’est pas systématique, cela dépend beaucoup de l’établissement où la femme accouche.

 

Qatar Actu : Dans quels établissements les femmes accouchent-elles couramment ?

Sophie Serlooten : Il y en a trois principaux :

• Le Hamad Hospital est la référence ici. C’est un hôpital public. Il pratique de nombreux accouchements, aussi la prise en charge est-elle peu personnalisée. Néanmoins, l’équipe est excellente et il y a une très bonne qualité de soins. L’établissement commence à accepter les papas en salle de naissance, mais ce n’est pas systématique. Il est très fréquenté par la population locale, il n’y a donc pas forcément de places disponibles. Dès lors qu’une personne détient la carte d’assurance maladie, les soins sont pris en charge.

• Le Al Ali Hospital est un établissement du secteur privé très confortable. Il est plus cher, mais la qualité de soins y est bonne. La femme aura plus facilement accès à la péridurale. L’hôpital a une unité de néonatologie. Près de 50 % des expatriées accouchent dans cet établissement.

• Citons également, Doha Clinic où les françaises accouchent beaucoup, car l’un des docteurs qui y officie est apprécié de la communauté.

Qatar Actu : Comment cela se passe-t-il en cas d’accouchement compliqué ?

Sophie Serlooten : En cas de risque de prématurité, les femmes sont transférées au Hamad Hospital. Il dispose d’un excellent service de néonatologie. Si le bébé a besoin de soins qui requièrent une grande expertise, c’est sans aucun doute le meilleur établissement.

Qatar Actu : les hôpitaux encouragent-ils les femmes à allaiter ?

Sophie Serlooten : Ils sont généralement très baby friendly. C’est le cas du futur Sidra et du Hamad Hospital. Néanmoins, l’allaitement exclusif n’est pas très développé. La formule mixte, allaitement et biberons, est la plus courante. Si la femme veut allaiter, il est important qu’elle refuse de nourrir de temps en temps son bébé au biberon. Au cas où il serait nécessaire de donner du lait artificiel, il faut utiliser la seringue ou la pipette sinon il sera très difficile de reprendre l’allaitement.

Surtout pour un premier bébé, il est important pour les jeunes mamans de trouver un soutien à l’allaitement. Elles ne peuvent pas le trouver dans les établissements hospitaliers, car la sortie a lieu 24h après l’accouchement. Il existe un groupe de soutien à l’allaitement animé par Sarah Hannibal, le Birth Feed Professional Group. Pour ma part, je me rends à domicile chez les mamans quand j’assure le soutien à l’allaitement pour les aider à passer la première semaine qui peut s’avérer difficile.

Qatar Actu : Qu’en est-il du suivi du bébé ?

Sophie Serlooten  : Souvent l’établissement propose de retourner à l’hôpital une semaine après la naissance du bébé pour la vaccination. Le mieux, c’est de faire assurer ce suivi dès le départ par un pédiatre exerçant dans un cabinet afin d’éviter de mettre le nourrisson en présence de microbes. Le suivi est généralement mensuel et est rythmé par les vaccinations. Le BCG doit être fait à l’hôpital, les pédiatres ne peuvent pas l’effectuer dans leur cabinet. Bien qu’au Qatar les bébés soient vaccinés à la naissance, les mamans, surtout celles qui allaitent, peuvent demander de le faire plus tard.

Qatar Actu : Qu’en est-il de la prise en charge du coût de l’accouchement ?

Sophie Serlooten : La patiente doit lire attentivement son contrat pour connaître l’étendue de sa couverture d’assurance. Les polices contiennent souvent des forfaits accouchement. Il faut donc savoir ce qui est couvert et ce qui ne l’est pas. Pour être certaine de ne pas dépasser le plafond fixé par l’assureur, il peut être judicieux de demander un devis préalable au praticien.

Propos recueillis par Patricia Gendrey

Contact : Sophie serlooten – sophiesagefemme@yahoo.fr



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