Savita Jakhar Gandash : «L’expression des aspirations des femmes m’inspire »

Savita Jakhar Gandash : «L’expression des aspirations des femmes m’inspire »

Savita Jakhar Gandash vit à Doha depuis un an. Nombre de résidents la connaissent comme professeur d’art plastique (Lycée Voltaire et Bonaparte) ou animatrice d’ateliers – à l’Institut Français et à la Fnac -, mais Savita est aussi une artiste plasticienne qui a maintes fois exposé. Nous l’avons suivie dans son atelier.

Pouvez-vous nous parler de vous ?

Je suis née en Inde, dans un petit village nommé Mohmohanbari, situé au cœur de l’État d’Haryana, près du Rajasthan ; une petite bourgade où il n’y avait pas d’infrastructures : pas d’hôpitaux, pas de moyens de transport, ni même d’écoles. Je devais parcourir à pied 5 km pour me rendre au lycée.

À l’époque, être une femme en Inde, dans un petit village de surcroît, était très difficile. C’est la raison pour laquelle, je suis très soucieuse et préoccupée par le sort des femmes et que mon travail se centre sur l’expression de leurs sentiments et de leurs aspirations.

Quel est votre parcours académique ?

J’ai d’abord étudié les sciences. Mon père voulait que je devienne médecin bien que ce n’était pas mon ambition. L’art m’a toujours passionné. Après mon Bachelor en sciences, j’ai déclaré à mon père que je voulais désormais faire ce que j’aimais. J’ai alors suivi des études à Delhi pour obtenir un Bachelor of fine arts et un Master.

Monter à la ville, dans cette mégalopole qu’est Delhi, c’était un peu rompre avec tout ce que je connaissais. Dans mon village, la communication est aisée et les relations sont simples. À Delhi, j’ai ressenti une profonde solitude. Il y a des milliers de gens partout, mais personne ne se parle. Cette sensation m’a inspiré une de mes œuvres.

Quelle est votre relation avec la France ?

Quand je me suis mariée, mon époux travaillait pour une société française. Je suis donc partie habiter en France, près de Versailles. Ce fut un choc socio-culturel. J’atterrissais sur une autre planète. En Inde, il y a des couleurs partout. Dans mon village, les gens peignent les murs avec de multiples teintes, des couleurs chatoyantes. En France, l’environnement pictural est différent. La gamme de couleur est plus froide, avec une majorité de noir, de blanc, de gris, de marron. Mon travail peut être scindé en deux périodes : au cours de la première, mes peintures étaient très colorées et inspirées de ma vie en Inde. Elles étaient profondément empreintes d’art traditionnel et de folklore. La seconde période de mon travail comprend une série de tableaux qui intègrent le nouvel univers visuel que j’ai découvert en France.

Avez-vous pu développer votre art en France ?

Oui, énormément. D’un point de vue intellectuel, la France m’a ouvert des horizons que je n’imaginais même pas.

J’ai ouvert mon regard en me rendant à de nombreuses expositions d’artistes contemporains, mais aussi grâce aux personnes que j’ai rencontrées. Ce pays m’a ouvert des mondes. Une ville internationale comme Paris a été pour moi une grande source d’inspiration. Le pays m’a aidé à repousser les limites.

En outre, les galeristes m’ont offert de nombreuses opportunités d’exposer.

Le Qatar influence-t-il votre pratique artistique ?

Au Qatar, je découvre une nouvelle gamme de couleurs et une nouvelle culture qui m’inspirent forcément. En outre, j’ai la chance de travailler avec des enfants. C’est formidable ! Leur imagination est sans limite. J’essaie de m’imprégner de leur vision du monde.

 

Quels sont vos projets ?

Je travaille actuellement sur une série de tableaux qui m’ont été commandés par une galerie du quartier de Montparnasse à Paris. La question du recyclage me tient également à cœur. J’ai réalisé plusieurs installations avec des matériaux recyclés. Je voudrais développer un projet artistique autour de ce thème. Nous devons tous contribuer à protéger notre planète.

Propos recueillis par Patricia Gendrey

  • Savita jakhar Gandash


Categories: Expositions, Francophonie

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