Interview Shenel Johns : « Le jazz enchante ma vie »

Interview Shenel Johns : « Le jazz enchante ma vie »

Shenel Johns est une jeune femme de 24 ans, à la voix tissée de miel et d’or. Elle chante au Jazz at Lincoln Center jusqu’au 24 octobre. Nous avons voulu en savoir plus sur ses goûts et aspirations.

Qatar Actu : Parlez-nous de vous ?

Shenel Johns : J’ai grandi dans le Connecticut, à deux heures de route de New York. Je suis d’origine Jamaïcaine, pays où vivaient mes parents. Puis, ils ont immigré aux États-Unis.  Je suis née en Amérique ; les deux cultures coulent en moi.

J’étais une enfant solitaire. La vie n’était pas toujours facile. Maman était mère-célibataire, il fallait participer aux tâches quotidiennes. Mon seul ami était la musique. J’aimais écrire des poèmes et les transformer en paroles de chansons. En fait, je n’étais pas vraiment consciente que je savais chanter. C’est à l’église, grâce au directeur musical, que j’ai chanté et appris à jouer de l’orgue. J’ai ainsi été baignée à la fois par le reggae et le gospel.

Qatar Actu : Quand le jazz est-il entré dans votre vie ?

Shenel Johns : Au lycée, j’ai suivi un programme dans le Connecticut qui me permettait de scinder ma journée en deux : les cours et la musique. J’ai ainsi suivi les enseignements de nombreuses disciplines artistiques : comédie musicale, écriture créative, théâtre, danse, musique classique, jazz. Je me suis alors familiarisée avec Ella Fitzgerald, Billy Holiday, George Gershwin, Cole Porter et bien d’autres.

Puis, je suis  entrée à l’université où j’ai étudié le management de la musique  à Hartt School of Music de  l’Université d’Hartford. L’établissement dispensait des cours passionnants de musique classique et de jazz. C’est ainsi que le jazz a enchanté ma vie.

Qatar Actu : Comment avez-vous débuté votre carrière ?

Shenel Johns : Par des chemins de traverse. J’ai d’abord débuté comme professeur de technique vocale, au sein du programme « Artists collective » créé par le saxophoniste Jacky Mc Lean. Ce collectif promeut l’interdisciplinarité, ainsi que les apports culturels et artistiques de la diaspora africaine. Au bout de deux ans, j’ai réalisé que quelque chose me manquait dans ma vie. Je suis rentrée à la maison après une longue journée de travail. Je me vois encore assise devant la table de la cuisine et dire à maman qui cuisinait : « Je pars pour New York ! ». Elle n’y croyait pas vraiment. Mais quelques mois plus tard, je suis partie. C’était difficile pour ma mère car dans notre culture, on ne s’éloigne pas de notre famille.

Arrivée à New York, j’ai travaillé comme assistante auprès du manager de Gary Bartz, un célèbre saxophoniste. Il s’agissait de support logistique. J’étais en plein cœur de Big Apple, mais je ne chantais toujours pas. Un jour, un ami m’a dit que son orchestre cherchait une chanteuse juste pour une représentation. L’évènement avait lieu au Dizzy’s Club Coca-Cola du Jazz at Lincoln Center de New York. J’étais très nerveuse car j’espérais être remarquée. Je suis montée tremblante sur la scène et j’ai chanté trois chansons. J’ai été très applaudie. Mes patrons qui étaient présents se sont exclamés : « Mais tu chantes ! ». C’est ainsi que tout a commencé… Le Jazz at Lincoln Center m’a ainsi intégré dans sa programmation de chanteurs réguliers.

Qatar Actu : Quelles sont vos chansons favorites ?

Shenel Johns : J’en ai deux. La première a été chantée par Billy Holiday, «  God bless the child ». C’est la première chanson que j’ai apprise. La seconde « Four women » de Nina Simone ; Les paroles me parlent et m’émeuvent. Sa voix me captive, j’aime la femme et sa puissance d’interprétation. Je tiens également une place toute particulière dans mon cœur à Abbey Lincoln.

Quels sont vos projets ?

Shenel Johns : J’en ai beaucoup, car être artiste signifie rêver. L’un de mes projets est de me rendre en Jamaïque. Je souhaite trouver des chansons que je pourrais mixer au jazz, afin de mêler les deux cultures qui sont en moi. Construire quelque chose de nouveau.

Propos recueillis par Patricia Gendrey

 

 



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