Sandrine Lescaroux : « La Chambre de commerce est un réseau d’affaires au Qatar »

Sandrine Lescaroux : « La Chambre de commerce est un réseau d’affaires au Qatar »

Sandrine Lescaroux est directrice générale de la Chambre de commerce France Qatar.

Elle nous a accordé un entretien pour parler de son travail au sein de la CCIFQ, des missions de la Chambre et des services offerts aux entreprises.

Qatar Actu : Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?

Diplômée d’une Grande École de Commerce française, je suis entrée au service achats du Printemps dès la fin de mes études. J’ai ainsi exercé pendant 8 ans dans différents secteurs. J’ai ensuite été recrutée par Ralph Lauren pour qui je réalisais les achats d’une soixantaine de magasins situés en France, à Andorre et au Benelux.

En 2012, j’ai déménagé au Qatar pour suivre mon époux. Trouver un emploi similaire n’a pas été possible, les bureaux d’achat étant surtout situés à Dubaï. J’ai donc rejoint Doha accueil estimant que mes compétences pouvaient être utiles, mais aussi pour sortir de ma zone de confort et combattre mon naturel discret.

QA : Vous avez été Présidente de Doha Accueil. Comment avez-vous contribué à son développement ?

L’association existe depuis près de 40 ans à Doha, avec l’arrivée des premiers expatriés Français. Avec l’équipe, nous avons voulu la professionnaliser, en développant un premier site internet, puis un deuxième encore plus dynamique et fonctionnel. Nous l’avons ainsi doté d’une charte graphique totalement renouvelée qui reflète toutes les valeurs positives de la vie au Qatar. Au fil des années, nous avons instauré un conseil d’administration de douze personnes et une cellule composée d’une soixantaine d’animateurs. Le désir de faire grandir la solidarité entre francophones, et entre femmes, est ce qui a sincèrement guidé nos actions.

Nous avions tout d’abord pour objectif de réunir un maximum de personnes appartenant au monde de la francophonie pour créer des liens entre les participantes de nationalités et cultures différentes. Je pense aux cafés mensuels, mais aussi aux cours en plus petit comité où les participants vont nécessairement l’un vers l’autre en partageant leurs savoirs.

Ensuite, il était important pour moi de redonner visibilité et confiance en soi aux femmes, en leur permettant d’exercer et de partager leurs talents. Je les ai donc encouragées à ouvrir leur club lecture, cours de langue, de cuisine, de sport, organiser des visites culturelles, gérer l’événementiel… J’avais trouvé très angoissant de me retrouver sans emploi à mon arrivée au Qatar. J’avais dû alors me réinventer presque complètement ; je voulais donc aider les autres femmes à faire de même.

Enfin, il me tenait à cœur que la communauté francophone soit un contributeur actif au sein de notre pays d’accueil, le Qatar. Pour cela, j’ai pu compter sur l’aide de l’Ambassade de France avec qui nous avons monté de nombreux projets caritatifs, souvent à leur initiative, comme le don du sang, le nettoyage des plages ou encore des collectes de fonds pour le Croissant-Rouge du Qatar dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes.

QA : La CCIFQ est récente. Qu’est-ce qui a motivé sa création ?

Le Qatar et la France ont une longue histoire de partage et d’échanges business. Très tôt, en 1998, le Qatari French Business Club a été créé pour organiser des rendez-vous de networking mensuels. Or, il est intéressant, par exemple, de pouvoir réunir les différents acteurs d’un même secteur au sein de comités sectoriels ou de clubs métier, et faire travailler les entreprises ensemble sur des projets. Il fallait donc une structure plus solide pour cadrer ces missions.

La création de la CCIFQ s’est ainsi faite en deux étapes : d’abord, il fallait cadrer juridiquement l’existence des associations. La Maison de la France a pour cela été créée, en 2017, au sein du Qatar Financial Center. La seconde étape a été de donner naissance à la CCI France Qatar grâce à l’obtention de l’accréditation par CCI France International, en 2018.

CCI France International est un puissant réseau de 126 Chambres dans 96 pays, et 33 000 entreprises adhérentes.

QA : Quelles sont les entreprises adhérentes de la CCIFQ ?

Nous avons des adhérents dans de nombreux secteurs. Nous regroupons d’ailleurs la grande majorité des entreprises françaises installées au Qatar.

Les acteurs français de l’énergie nous ont bien sûr rejoints. TotalEnergies et Vinci Energies sont d’ailleurs les sponsors de la CCIFQ. Des sociétés des secteurs bancaire, juridique, de la sécurité/défense, de la construction, des transports, de l’évènementiel, du Facility Management et de l’industrie hôtelière font également partie de nos membres. Nous regroupons ainsi plus de 60 sociétés, aussi bien des grands groupes que des ETI et PME. Nous commençons également à intégrer les holdings qatariennes qui veulent développer leurs relations avec les sociétés françaises.

QA : quelles sont les missions de la CCIFQ ?

La CCIFQ a pour mission de promouvoir les échanges entre le Qatar et la France, de constituer un réseau de relations et un lobby d’affaires, de promouvoir l’image de la France et la compréhension mutuelle franco-qatarienne.

Nous travaillons en équipe avec l’ambassade de France, le Service économique, Business France, et les Conseillers du Commerce Extérieur.

QA : De quelle manière la CCIFQ intervient-elle en faveur du développement du business entre la France et le Qatar ?

D’abord, grâce à nos différents Comités et Clubs, aux nombreux événements, forums et rencontres organisés par la CCIFQ, nos membres peuvent élargir leur réseau et développer rapidement leur activité commerciale.

Les comités sectoriels sont au nombre de trois :

  • French Team for Sport réunit tous les acteurs de l’événementiel sportif (FT4S était une association autonome, qui a intégré la CCIFQ en 2018) ;
  • Le French Energy Committee regroupe près de 25 entreprises françaises de l’énergie. Il a été créé juste avant le Covid-19 et a réussi à prospérer rapidement, grâce au fort dynamisme de ses membres et aux projets d’envergure offerts par le Qatar dans ce secteur ;
  • Le comité Construction est le dernier né. Une conférence aura lieu avant la fin de l’année 2021.

J’ai aussi pour projet de former deux nouveaux comités en 2022, en adéquation avec les ambitions de la Qatar National Vision 2030. À suivre !

Tous ces comités ont la possibilité d’organiser des actions de groupe (conférences, soutien de délégations…) afin de mettre en avant les compétences françaises auprès des donneurs d’ordre qatariens et ainsi renforcer le courant d’affaires entre nos deux pays.

Enfin, nos Clubs métiers regroupent des professionnels d’un même domaine. J’ai ainsi ouvert en 2021 le Club CFO et le Club RH, motivée par l’importante actualité autour de la fiscalité ou des réformes de la Labor Law, par exemple.

QA : Quels services offrez-vous aux entreprises ?

Nous nous adressons à la fois aux entreprises installées au Qatar et à celles qui s’intéressent au pays.

D’abord, nous proposons une vue d’ensemble des différentes implantations possibles au Qatar (partenariats, Qatar Financial Center, Free Zones…).

Ensuite, l’environnement des affaires qatarien renfermant des spécificités qui ne sont pas toujours évidentes à appréhender pour une entreprise française, j’ai mis en place des formations interculturelles pour expliquer le fonctionnement des affaires au Qatar : ce qu’il faut faire et surtout ne pas faire. De même, nous avons intégré au catalogue la formation « Comment diriger des équipes multiculturelles ? » pour les entreprises déjà implantées.

Pour les sociétés membres de la CCIFQ, nous proposons aussi le service Boost’Emploi qui permet aux conjoints expatriés de redéfinir leur projet professionnel et de comprendre les clés du marché de l’emploi au Qatar. Cette mission était auparavant dévolue au Doha French Professional Network qui a fermé en 2019. De même, nous offrons un accompagnement à la recherche d’emploi. Nous travaillons pour cela avec une coach de carrière, Estelle Roure, qui connaît très bien le Qatar. Les entreprises membres de la CCIFQ nous communiquent régulièrement leurs besoins en recrutement et nous tâchons d’y répondre avec les CV de notre base de données.

Nous proposons en outre un service de récupération de TVA pour les dépenses professionnelles en France des entreprises enregistrées au Qatar.

Enfin, nous proposons des tarifs préférentiels pour nos membres au Qatar, mais également dans le monde entier, grâce à notre appartenance au réseau CCI France International. Ces privilèges sont accessibles via notre appli CCIFI Connect. Il peut s’agir de réductions sur les services juridiques, les travaux d’impression, de traduction, les locations de voiture, les hôtels… à Doha, Paris, Shanghai…

QA : Auriez-vous 3 conseils à prodiguer à un chef d’entreprise qui souhaite s’implanter au Qatar ?

Mon premier conseil est la patience. Patience pour bien étudier l’écosystème qui l’intéresse, et rencontrer différents acteurs du secteur. Mais, il est également capital de gagner la confiance de ses interlocuteurs au Qatar pour nouer des relations de qualité et cela nécessite du temps. Néanmoins, il faudra savoir être extrêmement réactif si le client le demande et sauter dans un avion pour un rendez-vous le lendemain si besoin.

Ce qui mène à mon second conseil : être solide. L’entreprise doit faire preuve d’une solidité financière pour, entre autres, assurer une présence permanente sur le territoire qatarien, si possible via l’ouverture d’une structure. Il est également important de prévoir des visites régulières du Top Management.

Enfin, prenez conseils auprès des acteurs locaux comme la CCI France Qatar bien sûr, mais aussi auprès du Service Économique de l’Ambassade de France, et des cabinets d’avocats installés à Doha ou connaissant bien le pays.

 

Propos recueillis par Patricia Gendrey

Pour aller plus loin : Site de la CCIFQ.



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